—C'est tout simple, observa Marie Lagoutte, le grand air ouvre l'appétit. Monsieur le docteur devrait lui ordonner trois grandes chasses par semaine, pour rattraper le temps perdu.
—Deux suffiraient, reprit gravement le veneur, deux suffiraient. Il faut aussi que les chiens se reposent; les chiens sont des créatures du bon Dieu comme les hommes.»
Il y eut quelques instants de silence, pendant lesquels j'entendis le vent fouetter les vitres et s'engouffrer dans les meurtrières avec des sifflements lugubres.
Sébalt avait mis sa jambe droite sur sa jambe gauche, et, le coude sur le genou, le menton dans la main, il regardait le feu avec un air de tristesse inexprimable. Marie Lagoutte, après avoir pris une nouvelle prise, arrangeait son tabac dans sa tabatière, et moi, je réfléchissais à l'étrange infirmité qui nous porte à nous poursuivre réciproquement de nos conseils.
En ce moment, le majordome se leva.
«Monsieur le docteur boira bien un verre de vin? dit-il en s'appuyant au dos de mon fauteuil.
—Je vous remercie, je ne bois jamais avant d'aller voir un malade.
—Quoi! pas même un petit verre de vin?
—Pas même un petit verre de vin.»
Il ouvrit de grands yeux et regarda sa femme d'un air tout surpris.