«Monsieur le baron de Zimmer-Blouderic, accompagné d'un écuyer, demande asile au Nideck…. Il s'est égaré dans la montagne….
—C'est bien, Gretchen, répondit la jeune comtesse avec douceur. Allez prévenir le majordome de recevoir Monsieur le baron de Zimmer…. Qu'il lui dise bien que le comte est malade, et que cela seul l'empêche de faire lui-même les honneurs de sa maison. Qu'on éveille nos gens pour le service, et que tout soit fait comme il convient.»
Rien ne saurait exprimer la noble simplicité de la jeune châtelaine en donnant ces ordres. Si la distinction semble héréditaire dans certaines familles, c'est que l'accomplissement des devoirs de l'opulence élève l'âme.
Tout en admirant la grâce, la douceur du regard, la distinction d'Odile du Nideck, son profil d'un fini de détails, d'une pureté de lignes qu'on ne rencontre que dans les sphères aristocratiques…. ces idées me passaient par l'esprit, et je cherchais en vain rien de comparable dans mes souvenirs.
«Allez, Gretchen, dit la jeune comtesse, dépêchez-vous.
—Oui, Madame.»
La suivante s'éloigna, et je restai quelques secondes encore sous le charme de mes impressions.
Odile s'était retournée.
«Vous le voyez, Monsieur, dit-elle avec un mélancolique sourire, on ne peut rester à sa douleur; il faut sans cesse se partager entre ses affections et le monde.
—C'est vrai, Madame, répondis-je, les âmes d'élite appartiennent à toutes les infortunes: le voyageur égaré, le malade, le pauvre sans pain, chacun a le droit d'en réclamer sa part, car Dieu les a faites comme ses étoiles, pour le bonheur de tous!»