Après être arrivés tout en haut, il nous fallut redescendre une enfilade de marches. Enfin, grâce au ciel, nous arrivâmes devant une petite porte massive. Sperver sortit une énorme clef de sa poche, et, me remettant la torche:
«Prends-garde à la lumière, dit-il. Attention!»
En même temps il poussa la porte, et l'air froid du dehors entra dans le couloir. La flamme se prit à tourbillonner, envoyant des étincelles en tous sens. Je me crus devant un gouffre et je reculai avec effroi.
«Ah! ah! ah! s'écria le piqueur, ouvrant sa grande bouche jusqu'aux oreilles, on dirait que tu as peur, Fritz!… Avance donc…. Ne crains rien…. Nous sommes sur la courtine qui va du château à la vieille tour.»
Et le brave homme sortit pour me donner l'exemple.
La neige encombrait cette plate-forme à balustrade de granit; le vent la balayait avec des sifflements immenses. Qui eût vu de la plaine notre torche échevelée eût pu se dire: «Que font-ils donc là-haut … dans les nuages!… Pourquoi se promènent-ils à cette heure?»
«La vieille sorcière nous regarde peut-être,» pensai-je en moi-même, et cette idée me donna le frisson. Je serrai les plis de ma rhingrave, et la main sur mon feutre, je me mis à courir derrière Sperver. Il élevait la lumière pour m'indiquer la route et marchait à grands pas.
Nous entrâmes précipitamment dans la tour, puis dans la chambre de Hugues. Une flamme vive nous salua de ses pétillements joyeux: quel bonheur de se retrouver à l'abri d'épaisses murailles!
J'avais fait halte, tandis que Sperver refermait la porte, et, contemplant cette antique demeure, je m'écriai:
«Dieu soit loué! Nous allons donc pouvoir nous reposer.