—Devant une bonne table, ajouta Gédéon. Contemple-moi ça, plutôt que de rester le nez en l'air: un cuisseau de chevreuil, deux gelinottes, un brochet, le dos bleu, la mâchoire garnie de persil. Viandes froides et vins chauds … j'aime ça. Je suis content de Kasper; il a bien compris mes ordres.»
Il disait vrai, ce brave Gédéon: «Viandes froides et vins chauds,» car, devant la flamme, une magnifique rangée de bouteilles subissaient l'influence délicieuse de la chaleur.
A cet aspect, je sentis s'éveiller en moi une véritable faim canine; mais Sperver, qui se connaissait en confortable, me dit:
«Fritz, ne nous pressons pas, nous avons le temps; mettons-nous à l'aise; les gelinottes ne veulent pas s'envoler. D'abord, tes bottes doivent te faire mal; quand on a galopé huit heures consécutivement, il est bon de changer de chaussure…. C'est mon principe…. Voyons, assieds-toi, mets ta botte entre mes jambes…. Bien … je la tiens…—En voilà une!…—Passons à l'autre…. C'est cela!…—Fourre tes pieds dans ces sabots, ôte ta rhingrave, jette-moi cette houppelande sur ton dos…. A la bonne heure!»
Il en fit autant, puis d'une voix de stentor: «Maintenant, Fritz, s'écria-t-il, à table! Travaille de ton côté, moi du mien, et surtout rappelle-toi le vieux proverbe allemand:—«Si «c'est le Diable qui a fait la soif, à coup sûr «c'est le Seigneur Dieu qui a fait le vin!»
III
Nous mangions avec ce bienheureux entrain que procurent dix heures de course à travers les neiges du Schwartz-Wald.
Sperver, attaquant tour à tour le gigot de chevreuil, les gelinottes et le brochet, murmurait la bouche pleine:
«Nous avons des bois! nous avons de hautes bruyères! nous avons des étangs!»
Puis il se penchait au dos de son fauteuil, et saisissant au hasard une bouteille, il ajoutait: