—Knapwurst?

—Le petit bossu … tu sais bien … qui nous a ouvert la grille….
Un drôle de corps, Fritz … toujours niché dans la bibliothèque.

—Ah! vous avez un savant au Nideck?

—Oui; le gueux!… au lieu de rester dans sa loge, il est toute la sainte journée à secouer la poussière des vieux parchemins de la famille…. Il va et vient sur les rayons de la bibliothèque…. On dirait un gros rat…. Ce Knapwurst connaît toute notre histoire mieux que nous-mêmes…. C'est lui qui t'en débiterait, Fritz…. Il appelle ça des chroniques!… ha! ha! ha!»

Et Sperver, égayé par le vieux vin, se mit à rire quelques instants sans trop savoir pourquoi.

«Ainsi, Gédéon, repris-je, cette tour s'appelle la tour de Hugues … de Hugues-le-Loup?

—Je te l'ai déjà dit, que diable!… ça t'étonne?

—Non!

—Mais si, je le vois dans ta figure, tu rêves à quelque chose…. A quoi rêves-tu?

—Mon Dieu … ce n'est pas le nom de cette tour qui m'étonne; ce qui me fait réfléchir … c'est que toi, vieux braconnier, toi, qui dès ton enfance n'as vu que la flèche des sapins, les cimes neigneuses du Wald-Horn … les gorges du Rheethal … toi qui n'as fait, durant toute ta jeunesse, que narguer les gardes du comte de Nideck … courir les sentiers du Schwartz-Wald … battre les broussailles … aspirer le grand air … le plein soleil … la vie libre des bois … je te retrouve ici, au bout de seize ans, dans ce boyau de granit rouge. Voilà ce qui m'étonne … ce que je ne puis comprendre…. Voyons, Sperver, allume ta pipe et raconte-moi comment la chose s'est faite.»