L'ancien braconnier tira de sa veste de cuir un bout de pipe noir; il le bourra lentement, recueillit dans le creux de sa main un charbon qu'il plaça sur son brûle-gueule; puis, le nez en l'air, les yeux fixés au hasard, il répondit d'un air pensif:

«Les vieux faucons, les vieux gerfauts, et les vieux éperviers, après avoir longtemps battu la plaine, finissent par se nicher dans le trou d'un rocher!—Oui, c'est vrai … j'ai aimé le grand air … et je l'aime encore; mais, au lieu de me percher sur une haute branche, le soir, et d'être ballotté par le vent … j'aime à rentrer maintenant dans ma caverne … à boire un bon coup … à déchiqueter tranquillement un coq de bruyère, et à sécher mes plumes devant un bon feu. Le comte de Nideck ne méprise pas Sperver, le vieux faucon, le véritable homme des bois. Un soir, il m'a rencontré au clair de lune et m'a dit: «Camarade qui chasse tout seul, viens chasser avec moi! Tu as bon bec, bonne griffe. Eh bien! chasse, puisque c'est ta nature; mais chasse par ma permission, car, moi, je suis l'aigle de la montagne, je m'appelle Nideck!»

Sperver se tut quelques instants, puis il reprit:

«Ma foi! ça me convenait. Je chasse toujours, comme autrefois, et je bois tranquillement avec un ami ma bouteille de rudesheim, ou de….»

En ce moment, une secousse ébranla la porte. Sperver s'interrompit et prêta l'oreille.

«C'est un coup de vent, lui dis-je.

—Non, c'est autre chose. N'entends-tu pas la griffe qui racle?… C'est un chien échappé. Ouvre, Lieverlé! ouvre, Blitz!» s'écria le brave homme en se levant; mais il n'avait pas fait deux pas, qu'un danois formidable s'élançait dans la tour, et venait lui poser ses pattes sur les épaules, lui léchant, de sa grande langue rose, la barbe et les joues, avec de petits cris de joie attendrissants.

Sperver lui avait passé le bras sur le cou et, se tournant vers moi:

«Fritz, disait-il, quel homme pourrait m'aimer ainsi?… Regarde-moi cette tête, ces yeux, ces dents.»

Il lui retroussait les lèvres et me faisait admirer des crocs à déchirer un buffle. Puis le repoussant avec effort, car le chien redoublait ses caresses: