—On apprend a tout âge, reprit le brave homme. Sache, Fritz, qu'il y a des porte-bonheur dans ce monde, et des porte-malheur aussi. Par exemple, ce gueux de Knapwurst est mon porte-malheur à moi. Chaque fois que je le rencontre, en partant pour la chasse, je suis sûr qu'il m'arrivera quelque chose: mon fusil rate … je me foule le pied … un de mes chiens est éventré…. Que sais-je? Aussi, moi, sachant la chose, j'ai soin de partir au petit jour … avant que le drôle, qui dort comme un loir, n'ait ouvert l'oeil … ou bien je file par la porte de derrière, par une poterne, tu comprends!
—Je comprends très-bien; mais tes idées me paraissent singulières,
Gédéon.
—Toi, Fritz, poursuivit-il sans m'écouter, tu es un brave et digne garçon; le ciel a placé sur ta tête des bénédictions innombrables; il suffit de voir ta bonne figure, ton regard franc, ton sourire plein de bonhomie, pour être joyeux … enfin tu portes bonheur aux gens, c'est positif … je l'ai toujours dit, et la preuve … en veux-tu la preuve?…
—Oui, parbleu! je ne serais pas fâché de reconnaître tant de vertus cachées dans mapersonne.
—Eh bien! fit-il en me saississant au poignet … regarde la-bas!»
Il m'indiquait un monticule à deux portées de carabine du château.
«Ce rocher enfoncé dans la neige, avec une broussaille à gauche, le vois-tu?
—Parfaitement.
—Regarde autour, tu ne vois rien?
—Non.