—Eh! parbleu! c'est tout simple, tu as chassé la Peste-Noire. Chaque année, à la deuxième attaque, on la voyait là, les pieds dans les mains. La nuit elle allumait du feu, elle se chauffait et faisait cuir des racines. C'était une malédiction! Ce matin, la première chose que je fais, c'est de grimper ici. Je monte sur la tourelle des signaux, je regarde … partie! la vieille coquine! J'ai beau me mettre la main sur les yeux, regarder à droite, à gauche, en haut, en bas, dans la plaine, sur la montagne … rien! rien! Elle t'avait senti, c'est sur.»

Et le brave homme, m'embrassant avec enthousiasme, s'écria d'un accent ému:

«Oh! Fritz … Fritz … quelle chance de t'avoir amené ici! C'est la vieille qui doit être vexée … Ha! ha! ha!»

Je l'avoue, j'étais un peu honteux de me trouver tant de mérite, sans m'en être jamais aperçu jusqu'alors,

«Ainsi, Sperver, repris-je, le comte a bien passé la nuit?

—Très-bien!

—Alors, tout est pour le mieux, descendons.»

Nous traversâmes de nouveau la courtine, et je pus mieux observer ce passage, dont les remparts avaient une hauteur prodigieuse; ils se prolongeaient à pic avec le roc jusqu'au fond de la vallée. C'était un escalier de précipices, échelonnés les uns au-dessus des autres.

En y plongeant le regard, je me sentis pris de vertige, et, reculant épouvanté jusqu'au milieu de la plate-forme, j'entrai rapidement dans le couloir qui mène au château.

Sperver et moi, nous avions déjà parcouru de vastes corridors, lorsqu'une grande porte ouverte se rencontra sur notre passage; j'y jetai les yeux et je vis, tout au haut d'une échelle double, le petit gnome Knapwurst, dont la physionomie grotesque m'avait frappé la veille.