La salle elle-même attira mon attention par son aspect imposant: c'était la salle des archives du Nideck, pièce haute, sombre, poudreuse, à grandes fenêtres ogivales prenant au sommet de la voûte et descendant en courbe, à trois mètres du parquet.

Là se trouvaient disposés, sur de vastes rayons, par les soins des anciens abbés, non-seulement tous les documents, titres, arbres généalogiques des Nideck, établissant leurs droits, alliances, rapports historiques avec les plus illustres familles de l'Allemagne, mais encore toutes les chroniques du Schwartz-Wald, les recueils des anciens Minnesinger et les grands ouvrages in-folio sortis des presses de Gutenberg et de Faust, aussi vénérables par leur origine que par la solidité monumentale de leur reliure.—Les grandes ombres de la voûte, drapant les murailles froides de leurs teintes grises, rappelaient le souvenir des anciens cloîtres du moyen âge, et ce gnome, assis tout au haut de son échelle, un énorme volume à tranche rouge sur ses genoux cagneux, la tête enfoncée dans un mortier de fourrure, l'oeil gris, le nez épaté, les lèvres contractées par la réflexion, les épaules larges, les membres grêles et le dos arrondi, semblait bien l'hôte naturel, le famulus, le rat, comme l'appelait Sperver, de ce dernier refuge de la science au Nideck.

Mais ce qui donnait à la salle des archives une importance vraiment historique, c'étaient les portraits de famille, occupant tout un côté de l'antique bibliothèque, lis y étaient tous, hommes et femmes, depuis Hugues-le-Loup jusqu'à Yéri-Hans, le seigneur actuel … depuis la grossière ébauche des temps barbares jusqu'à l'oeuvre parfaite des plus illustres maîtres de notre époque.

Mes regards se portèrent naturellement de ce côté.

Hugues Ier, la tête chauve, semblait me regarder comme vous regarde un loup au détour d'un bois. Son oeil gris, injecté de sang, sa barbe rousse et ses larges oreilles poilues, lui donnaient un air de férocité qui me fit peur.

Près de lui, comme l'agneau près du fauve, une jeune femme,—l'oeil doux et triste, le front haut, les mains croisées sur la poitrine supportant un livre d'Heures à fermoir d'acier, la chevelure blonde, soyeuse, abondante, partagée sur le milieu de la tête, et tombant en nattes épaisses, de chaque côté de la figure, qu'elles entouraient d'une auréole d'or,—m'attira par son caractère de ressemblance avec Odile de Nideck.

Rien de suave et de charmant comme cette vieille peinture sur bois, un peu roide et sèche de contours, mais d'une adorable naïveté.

Je la regardais depuis quelques instants, lorsqu'un autre portrait de femme, suspendu à côté, attira mon attention. Figurez-vous le type wisigoth dans sa vérité primitive: front large et bas, yeux jaunes, pommettes saillantes, cheveux roux, nez d'aigle.

«Que cette femme devait convenir à Hugues!» me dis-je en moi-même.

Et je me pris à considérer le costume; il répondait à l'énergie de la tête. La main droite s'appuyait sur un glaive; un corselet de fer serrait la taille.