«Mon père, dit Odile comme pour éluder les instances du malade, vous guérirez; le ciel ne voudrait pas vous enlever à notre affection…. Si vous saviez avec quelle ferveur je le prie!

—Tu ne me réponds pas, dit le comte d'un ton sec. Que peux-tu donc objecter à mon dessein? n'est-il pas juste, naturel? Dois-je donc être privé des consolations accordées aux plus misérables? ai-je froissé tes sentiments? ai-je agi de violence ou de ruse?

—Non, mon père….

—Alors, pourquoi te refuser à mes prières?…

—Ma résolution est prise … c'est à Dieu que je me dévoue!»

Tant de fermeté dans un être si faible me fit passer un frisson par tout le corps. Elle était là, comme la Madone sculptée dans la tour de Hugues, frêle, calme, impassible.

Les yeux du comte prirent un éclat fébrile. Je faisais signe à la jeune comtesse de lui donner au moins une espérance, pour calmer son agitation croissante: elle ne parut pas m'apercevoir.

«Ainsi, reprit-il d'une voix étranglée par l'émotion, tu verrais périr ton père; il te suffirait d'un mot pour lui rendre la vie, et ce mot, tu ne le prononcerais pas?

—La vie n'appartient pas à l'homme, elle est à Dieu, dit Odile; un mot de moi n'y peut rien.

—Ce sont de belles maximes pieuses, fit le comte avec amertume, pour se dispenser de tout devoir. Mais Dieu, dont tu parles sans cesse, ne dit-il pas: «Honore ton père et ta mère!»