«C'est bon... oui... oui.... Tiens, Katel, mets ces cerises dans l'armoire, je serais capable de les manger toutes avant le dîner. Faites excuse, père Christel, il faut que je m'habille.

—Ne vous gênez pas, monsieur Kobus, ne vous gênez pas.»

Tout en s'habillant, Fritz reprit:

«Mais vous n'arrivez pas de Meisenthâl seulement pour m'apporter des cerises?

—Ah non! j'ai d'autres affaires en ville. Vous savez, quand vous êtes venu la dernière fois à la ferme, je vous ai montré deux bœufs à l'engrais. Quelques jours après votre départ, Schmoûle les a achetés; nous sommes tombés d'accord à trois cent cinquante florins. Il devait les prendre le 1er juin, ou me payer un florin pour chaque jour de retard. Mais voilà bientôt trois semaines qu'il me laisse ces bêtes à l'écurie. Sûzel est allée lui dire que cela m'ennuyait beaucoup; et comme il ne répondait pas, je l'ai fait assigner devant le juge de paix. Il n'a pas nié d'avoir acheté les bœufs; mais il a dit que rien n'était convenu pour la livraison, ni sur le prix des jours de retard; et comme le juge n'avait pas d'autre preuve, il a déféré le serment à Schmoûle, qui doit le prêter aujourd'hui à dix heures, entre les mains du vieux rebbe David Sichel, car les juifs ont leur manière de prêter serment.

—Ah bon! fit Kobus, qui venait de mettre sa capote et décrochait son feutre; voici bientôt dix heures, je vous accompagne chez David, et, aussitôt après, nous reviendrons dîner, vous dînez avec moi?

—Oh! monsieur Kobus, j'ai mes chevaux à l'auberge du Bœuf-Rouge.

—Bah! Bah! vous dînerez avec moi. Katel, tu nous feras un bon dîner. J'ai du plaisir à vous voir, Christel.» Ils sortirent. Tout en marchant, Fritz se disait en lui-même:

«N'est-ce pas étonnant! Ce matin, je rêvais de Sûzel, et voilà que son père m'apporte des cerises qu'elle a cueillies pour moi; c'est merveilleux, merveilleux!»

Et la joie intérieure rayonnait sur sa figure, il reconnaissait en ces choses le doigt de Dieu.