Quelques instants après, ils arrivèrent dans la cour de l'antique synagogue. Le vieux mendiant Frantzoze était là, sa sébile de bois sur les genoux; Kobus, dans son ravissement, y jeta un florin, et le père Christel pensa qu'il était généreux et bon.
Frantzoze leva sur lui des yeux tout surpris; mais il ne le regardait pas, il marchait la tête haute et riante, et s'abandonnait au bonheur d'avoir près de lui le père de la petite Sûzel: c'était comme un souffle du Meisenthâl dans ces hautes bâtisses sombres, un vrai rayon du ciel.
Comme pourtant les hommes ont des idées étranges; ce vieil anabaptiste, qui, deux ou trois mois avant, lui produisait l'effet d'un honnête paysan, et rien de plus, à cette heure, il l'aimait, il lui trouvait de l'esprit, et bien d'autres qualités qu'il n'avait pas reconnues jusqu'alors; il prenait fait et cause pour lui et s'indignait contre Schmoûle.
Cependant le vieux rebbe David, debout à sa fenêtre ouverte, attendait déjà Christel, Schmoûle et le greffier de la justice de paix. La vue de Kobus lui fit plaisir.
«Hé! te voilà, schaude, s'écria-t-il de loin; depuis huit jours on ne te voit plus.
—Oui, David, c'est moi, dit Fritz en s'arrêtant à la fenêtre; je t'amène Christel, mon fermier, un brave homme, et dont je réponds comme de moi-même; il est incapable d'avancer ce qui n'est pas....
—Bon, bon, interrompit David, je le connais depuis longtemps. Entrez, entrez, les autres ne peuvent tarder à venir: voici dix heures qui sonnent.»
Le vieux David était dans sa grande capote brune, luisante aux coudes; une calotte de velours noir coiffait le derrière de son crâne chauve, quelques cheveux gris voltigeaient autour; sa figure maigre et jaune, plissée de petites rides innombrables, avait un caractère rêveur, comme au jour du Kipour[17].
«Tu ne t'habilles donc pas? lui demanda Fritz.
—Non, c'est inutile. Asseyez-vous.» Ils s'assirent. La vieille Sourlé regarda par la porte de la cuisine entrouverte, et dit: «Bonjour, monsieur Kobus.