Enfin il descendit, la main devant sa lumière, le trousseau de clefs dans sa poche, un panier au bras.

En bas, sous l'escalier, il ouvrit la cave, une vieille cave bien sèche, les murs couverts de salpêtre brillant comme le cristal, la cave des Kobus depuis cent cinquante ans, où le grand grand-père Nicolas avait fait venir pour la première fois du markobrunner, en 1715, et qui depuis, grâce à Dieu, s'était augmentée d'année en année, par la sage prévoyance des autres Kobus.

Il l'ouvrit, les yeux écarquillés de plaisir, et se vit en face des deux lucarnes bleues qui donnent sur la place des Acacias. Il passa lentement près des petits fûts cerclés de fer, rangés sur de grosses poutres le long des murs; et, les contemplant, il se disait:

«Ce gleiszeller est de huit ans, c'est moi-même qui l'ai acheté à la côte; maintenant il doit avoir assez déposé, il est temps de le mettre en bouteilles. Dans huit jours, je préviendrai le tonnelier Schweyer, et nous commencerons ensemble. Et ce steinberg-là est de onze ans; il a fait une maladie, il a filé, mais ce doit être passé... nous verrons ça bientôt. Ah! voici mon forstheimer de l'année dernière, que j'ai collé au blanc d'œuf; il faudra pourtant que je l'examine; mais aujourd'hui je ne veux pas me gâter la bouche; demain, après-demain, il sera temps.»

Et, songeant à ces choses, Kobus avançait toujours rêveur et grave.

Au premier tournant, et comme il allait entrer dans la seconde cave, sa vraie cave, la cave des bouteilles, il s'arrêta pour moucher la chandelle, ce qu'il fit avec les doigts, ayant oublié les mouchettes; et, après avoir posé le pied sur le lumignon, il s'avança le dos courbé, sous une petite voûte taillée dans le roc, et, tout au bout de ce boyau, il ouvrit une seconde porte, fermée d'un énorme cadenas; l'ayant poussée, il se redressa tout joyeux, en s'écriant:

«Ah! ah! nous y sommes!»

Et sa voix retentit sous la haute voûte grise.

En même temps, un chat noir grimpait au mur et se retournait dans la lucarne, les yeux verts brillants, avant de se sauver vers la rue du Coin-Brûlé.

Cette cave, la plus saine de Hunebourg, était en partie creusée dans le roc, et, pour le surplus, construite d'énormes pierres de taille; elle n'était pas bien grande, ayant au plus vingt pieds de profondeur sur quinze de large; mais elle était haute, partagée en deux par un lattis solide, et fermée d'une porte également en lattis. Tout le long s'étendaient des rayons, et sur ces rayons étaient couchées des bouteilles dans un ordre admirable. Il y en avait de toutes les années, depuis 1780 jusqu'en 1840. La lumière des trois soupiraux, se brisant dans le lattis, faisait étinceler le fond des bouteilles d'une façon agréable et pittoresque.