Hâan et Schoultz observaient ces choses et jouissaient de l'admiration universelle. Ils virent au détour d'une rue, sur la place des Deux-Boucs, l'antique fontaine, la Madame-Hütte en planches de sapin, les baraques des marchands, et la foule tourbillonnante: cela passa comme l'éclair. Plus loin, ils aperçurent la vieille église Saint-Ulrich et ses deux hautes tours carrées, surmontées de la calotte d'ardoises, avec leurs grandes baies en plein centre du temps de Charlemagne. Les cloches sonnaient à pleine volée, c'était la fin de l'office; la foule descendait les marches du péristyle, regardant ébahie: tout cela disparut aussi d'un bond.

Fritz, lui, n'avait qu'une idée: «Où est-elle?»

À chaque maison il se penchait, comme si la petite Sûzel eût dû paraître à la même seconde. Sur chaque balcon, à chaque escalier, à chaque fenêtre, devant chaque porte, qu'elle fût ronde ou carrée, entourée d'un cep de vigne ou toute nue, il arrêtait un regard, pensant: «Si elle était là!»

Et quelque figure de jeune fille se dessinait-elle dans l'ombre d'une allée, derrière une vitre, au fond d'une chambre, il l'avait vue! il aurait reconnu un ruban de Sûzel au vol. Mais il ne la vit nulle part, et finalement la berline déboucha sur la place des Vieilles-Boucheries, en face du Mouton-d'Or.

Fritz se rappela tout de suite la vieille auberge; c'est là que s'arrêtait son père vingt-cinq ans avant. Il reconnut la grande porte cochère ouverte sur la cour au pavé concassé, la galerie de bois aux piliers massifs, les douze fenêtres à persiennes vertes, la petite porte voûtée et ses marches usées.

Quelques minutes plus tôt, cette vue aurait éveillé mille souvenirs attendrissants dans son âme, mais en ce moment il craignait de ne pas voir la petite Sûzel, et cela le désolait.

L'auberge devait être encombrée de monde; car à peine la voiture eut-elle paru sur la place, qu'un grand nombre de figures se penchèrent aux fenêtres, des figures prussiennes à casquettes plates et grosses moustaches, et d'autres aussi. Deux chevaux étaient attachés aux anneaux de la porte; leurs maîtres regardaient de l'allée.

Dès que la berline se fut arrêtée, le vieil aubergiste Loerich, grand, calme et digne, sa tête blanche coiffée du bonnet de coton, vint abattre le marchepied d'un air solennel, et dit:

«Si messeigneurs veulent se donner la peine de descendre...»

Alors Fritz s'écria: