L'animation était grande; les danseurs reconduisaient leurs danseuses. Fritz, apercevant de loin la grosse toison de son ami Iôsef au milieu de l'orchestre olivâtre, ne se possédait plus d'enthousiasme, et les deux mains en l'air, agitant son feutre, il criait:

«Iôsef! Iôsef!»

Tandis que la foule se dressait à droite et à gauche, et se penchait pour voir quel bon vivant était capable de pousser des cris pareils. Mais quand on vit Hâan, Schoultz et Kobus s'avancer riant, jubilant, la face pourpre et se dandinant au bras l'un de l'autre, comme il arrive après boire, un immense éclat de rire retentit dans la baraque, car chacun pensait: «Voilà des gaillards qui se portent bien et qui viennent de bien dîner.»

Cependant Iôsef avait tourné la tête, et reconnaissant de loin Kobus, il étendait les bras en croix, l'archet dans une main et le violon dans l'autre. C'est ainsi qu'il descendit de l'estrade, pendant que Fritz montait; ils s'embrassèrent à mi-chemin, et tout le monde fut émerveillé.

«Qui diable cela peut-il être? disait-on. Un homme si magnifique qui se laisse embrasser par le bohémien...»

Et Bockel, Andrès, tout l'orchestre penché sur la rampe, applaudissait à ce spectacle.

Enfin Iôsef, se redressant, leva son archet et dit:

«Écoutez! voici M. Kobus, de Hunebourg, mon ami, qui va danser un treieleins avec ses deux camarades. Quelqu'un s'oppose-t-il à cela?

—Non, non, qu'il danse! cria-t-on de tous les coins.

—Alors, dit Iôsef, je vais donc jouer une valse, la valse de Iôsef Almâni, composée en rêvant à celui qui l'a secouru un jour de grande détresse. Cette valse, Kobus, personne ne l'a jamais entendue jusqu'à ce moment, excepté Bockel, Andrès et les arbres du Tannewald; choisis-toi donc une belle danseuse selon ton cœur; et vous, Hâan et Schoultz, choisissez également les vôtres: personne que vous ne dansera la valse d'Almâni.»