Schoultz, à demi courbé, ses grandes jambes pliées, tenait sa petite rousse sous les bras, et tournait, tournait, tournait sans interruption avec une régularité merveilleuse, comme une bobine dans son dévidoir; il arrivait si juste à la mesure, que tout le monde en était ravi.

Mais c'est Fritz et la petite Sûzel qui faisaient l'admiration universelle, à cause de leur grâce et de leur air bienheureux. Ils n'étaient plus sur la terre, ils se berçaient dans le ciel; cette musique qui chantait, qui riait, qui célébrait le bonheur, l'enthousiasme, l'amour, semblait avoir été faite pour eux: toute la salle les contemplait, et eux ne voyaient plus qu'eux-mêmes. On les trouvait si beaux que parfois un murmure d'admiration courait dans la Madame Hütte; on aurait dit que tout allait éclater; mais le bonheur d'entendre la valse forçait les gens de se taire. Ce n'est qu'au moment où Hâan, devenu comme fou d'enthousiasme en contemplant la grande fille du bourgmestre, se dressa sur la pointe des pieds et la fit pirouetter deux fois en criant d'une voix retentissante: «You!» et qu'il retomba d'aplomb après ce tour de force; et qu'au même instant Schoultz levant sa jambe droite, la fit passer, sans manquer la mesure, au-dessus de la tête de sa petite rousse, et que d'une voix rauque, en tournant comme un véritable possédé, il se mit à crier: «You! you! you! you! you! you!» ce n'est qu'à ce moment que l'admiration éclata par des trépignements et des cris qui firent trembler la baraque.

Jamais, jamais on n'avait vu danser si bien; l'enthousiasme dura plus de cinq minutes; et quand il finit par s'apaiser, on entendit avec satisfaction la valse des esprits de l'air reprendre le dessus, comme le chant du rossignol après un coup de vent dans les bois.

Alors Schoultz et Hâan n'en pouvait plus; la sueur leur coulait le long des joues; ils se promenaient, l'un la main sur l'épaule de sa danseuse, l'autre portant en quelque sorte la sienne pendue au bras.

Sûzel et Fritz tournaient toujours: les cris, les trépignements de la foule ne leur avaient rien fait; et quand Iôsef, lui-même épuisé, jeta de son violon le dernier soupir d'amour, ils s'arrêtèrent juste en face du père Christel et d'un autre vieil anabaptiste qui venaient d'entrer dans la salle, et qui les regardaient comme émerveillés.

«Hé! c'est vous, père Christel, s'écria Fritz tout joyeux; vous le voyez, Sûzel et moi nous dansons ensemble.

—C'est beaucoup d'honneur pour nous, monsieur Kobus, répondit le fermier en souriant, beaucoup d'honneur; mais la petite s'y connaît donc? Je croyais qu'elle n'avait jamais fait un tour de valse.

—Père Christel, Sûzel est un papillon, une véritable petite fée; elle a des ailes!»

Sûzel se tenait à son bras, les yeux baissés, les joues rouges; et le père Christel, la regardant d'un air heureux, lui demanda:

«Mais, Sûzel, qui donc t'a montré la danse? Cela m'étonne!