—Voilà pourquoi je viens, monsieur Kobus.

—Eh bien! entrez, asseyez-vous, mère Orchel, dit-il en rouvrant la porte, vous déjeunerez ensuite.

—Oh! je vous remercie, monsieur Kobus, j'ai déjeuné avant de partir.»

Orchel entra donc dans la chambre et s'assit au coin de la table, en mettant son gros bonnet rond qui pendait à son coude; elle fourra ses cheveux dessous avec soin, puis arrangea son casaquin sur ses genoux. Fritz la regardait tout intrigué; il finit par s'asseoir en face d'elle en disant:

«Christel et Sûzel sont bien arrivés hier soir?

—Très bien, monsieur Kobus, très bien; à huit heures, ils étaient à la maison.»

Enfin, ayant tout arrangé, elle commença, les mains jointes et la tête penchée, comme une commère qui raconte quelque chose à sa voisine:

«Vous saurez d'abord, Monsieur Kobus, que nous avons un cousin à Bischem, un anabaptiste comme nous, et qui s'appelle Hans-Christian Pelsly; c'est le petit-fils de Frentzel-Débora Rupert, la propre sœur de Anna-Christina-Carolina Rupert, la grand-mère de Christel, du côté des femmes. De sorte que nous sommes cousins.

—C'est très bien, fit Kobus, se demandant où tout cela devait les mener.

—Oui, dit-elle, Hans-Christian est notre cousin; Christel m'a raconté que vous l'avez vu hier à Bischem. C'est un homme de bien, il a de bonnes terres du côté de Biewerkirch, et un garçon qui s'appelle Jacob, un brave garçon, monsieur Kobus, rangé, soigneux, et qui maintenant approche de ses vingt-six ans: personne n'a jamais rien entendu dire sur son compte.»