«Bonjour, monsieur Kobus!»
Mais il passa sans les entendre, et entra dans l'allée comme effaré, puis dans la grande salle, suivi du vieux David, qui se frottait les mains et riait dans sa barbiche.
On venait de dîner; les grandes écuelles de faïence rouge, les fourchettes d'étain, et les cruches de grès étaient encore sur la table. Christel, assis au bout, son chapeau sur la nuque, regardait ébahi; la mère Orchel, avec sa grosse face rouge, se tenait debout sous la porte de la cuisine, la bouche béante; et la petite Sûzel, assise dans le vieux fauteuil de cuir, entre le grand fourneau de fonte et la vieille horloge, qui battait sa cadence éternelle, Sûzel, en manches de chemise, et petit corset de toile bleue, était là, sa douce figure cachée dans son tablier sur les genoux. On ne voyait que son joli cou bruni par le soleil, et ses bras repliés.
Fritz, à cette vue, voulut parler; mais il ne put dire un mot, et c'est le père Christel qui commença:
«Monsieur Kobus! s'écria-t-il d'un accent de stupéfaction profonde, ce que le rebbe David vient de nous dire est-il possible: vous aimez Sûzel et vous nous la demandez en mariage? il faut que vous me le disiez vous-même, sans cela nous ne pourrons jamais le croire.
—Père Christel, répondit alors Fritz avec une sorte d'éloquence, si vous ne m'accordez pas la main de Sûzel, ou si Sûzel ne m'aime pas, je ne puis plus vivre; je n'ai jamais aimé que Sûzel et je ne veux jamais aimer qu'elle. Si Sûzel m'aime, et si vous me l'accordez, je serai le plus heureux des hommes, et je ferai tout aussi pour la rendre heureuse.»
Christel et Orchel se regardèrent comme confondus, et Sûzel se mit à sangloter; si c'était de bonheur, on ne pouvait le savoir, mais elle pleurait comme une Madeleine.
«Père Christel, reprit Fritz, vous tenez ma vie entre vos mains....
—Mais, monsieur Kobus, s'écria le vieux fermier d'une voix forte et les bras étendus, c'est avec bonheur que nous vous accordons notre enfant en mariage. Quel honneur plus grand pourrait nous arriver en ce monde, que d'avoir pour gendre un homme tel que vous? Seulement, je vous en prie, monsieur Kobus, réfléchissez... réfléchissez bien à ce que nous sommes et à ce que vous êtes.... Réfléchissez que vous êtes d'un autre rang que nous; que nous sommes des gens de travail, des gens ordinaires, et que vous êtes d'une famille distinguée depuis longtemps non seulement par la fortune, mais encore par l'estime que vos ancêtres et vous-même avez méritée. Réfléchissez à tout cela... que vous n'ayez pas à vous repentir plus tard... et que nous n'ayons pas non plus la douleur de penser que vous êtes malheureux par notre faute. Vous en savez plus que nous, monsieur Kobus, nous sommes de pauvres gens sans instruction; réfléchissez donc pour nous tous ensemble!
—Voilà un honnête homme!» pensa le vieux rebbe.