Iôsef avait l'air grave, sa figure cuivrée exprimait la contemplation intérieure; il avait rejeté ses grands cheveux laineux loin de ses tempes, et son œil noir se perdait dans l'azur du ciel, au haut des grandes fenêtres.
Kobus, lui, riait tellement en écoutant le grand Frédéric, que son nez épaté couvrait la moitié de sa figure, mais il n'éclatait pas, quoique ses joues relevées eussent l'apparence d'un masque de comédie.
«Allons, buvons, disait-il, encore un coup! la bouteille est encore à moitié pleine.»
Et les autres buvaient, la bouteille passait de main en main.
C'est en ce moment que le vieux David Sichel entra, et l'on peut s'imaginer les cris d'enthousiasme qui l'accueillirent:
«Hé! David!... Voici David!... À la bonne heure!... il arrive!»
Le vieux rabbin promenant un regard sardonique sur les tartes découpées, sur les pâtés effondrés et les bouteilles vides, comprit aussitôt à quel diapason était montée la fête; il sourit dans sa barbiche.
«Hé! David, il était temps, s'écria Kobus tout joyeux, encore dix minutes, et je t'envoyais chercher par les gendarmes: nous t'attendons depuis une demi-heure.
—Dans tous les cas, ce n'est pas au milieu des gémissements de Babylone, fit le vieux rebbe d'un ton moqueur.
—Il ne manquerait que cela! dit Kobus en lui faisant place. Allons, prends une chaise, vieux, assieds-toi. Quel dommage que tu ne puisses pas goûter de ce pâté, il est délicieux!