—Oui, s'écria le grand Frédéric, mais c'est treife[6], il n'y a pas moyen; le Seigneur a fait les jambons, les andouilles et les saucisses pour nous autres.

—Et les indigestions aussi, dit David en riant tout bas. Combien de fois ton père, Johann Schoultz, ne m'a-t-il pas répété la même chose: c'est une plaisanterie de ta famille qui passe de père en fils, comme la perruque à queue de rat et la culotte de velours à deux boucles. Tout cela n'empêche pas que si ton père avait moins aimé le jambon, les saucisses et les andouilles, il serait encore frais et solide comme moi. Mais vous autres, schaude, vous ne voulez rien entendre, et tantôt l'un, tantôt l'autre se fait prendre comme les rats dans les ratières, par amour du lard.

—Voyez-vous, le vieux posché-isroel qui prétend avoir peur des indigestions, s'écria Kobus, comme si ce n'était pas la loi de Moïse qui lui défende la chose.

—Tais-toi, interrompit David en nasillant, je dis cela pour ceux qui ne comprendraient pas de meilleures raisons; mais celle-là doit vous suffire; elle est très bonne pour un sergent de landwehr qui se laisse tirer les bottes dans une mare d'Alsace; les indigestions sont aussi dangereuses que les coups de fourche.»

Alors un immense éclat de rire s'éleva de tous côtés, et le grand Frédéric levant le doigt, dit:

«David, je te rattraperai plus tard!»

Mais il ne savait que répondre, et le vieux rabbin riait de bon cœur avec les autres.

La grande Frentzel, de l'auberge du Bœuf-Rouge, après avoir débarrassé la table, arrivait alors de la cuisine avec un plateau chargé de tasses, et Katel suivait, portant sur un autre plateau la cafetière et les liqueurs.

Le vieux rebbe prit place entre Kobus et Iôsef. Frédéric Schoultz tira gravement de la poche de sa redingote une grosse pipe d'Ulm, et Fritz alla chercher dans l'armoire une boîte de cigares.

Mais Katel venait à peine de sortir, et la porte restait encore ouverte, qu'une petite voix fraîche et gaie s'écriait dans la cuisine: