Mais ce qui lui faisait le plus de plaisir, c'était la petite Sûzel, courbée sur sa planchette, savonnant le linge, le battant et le tordant à tour de bras, comme une bonne petite ménagère. Chaque fois qu'elle levait son battoir tout luisant d'eau de savon, le soleil brillant dessus, envoyait un éclair jusqu'au bout de la côte.
Fritz, jetant par hasard un coup d'œil dans le fond de la gorge, où la Lauter serpente au milieu des prairies, vit, à la pointe d'un vieux chêne, un busard qui observait les pigeons tourbillonnant autour de la ferme. Il le mit en joue avec sa canne; aussitôt l'oiseau partit, jetant un miaulement sauvage dans la vallée, et tous les pigeons, à ce cri de guerre, se replièrent comme un éventail dans le colombier.
Alors Kobus, riant en lui-même, repartit en trottant dans le sentier, jusqu'à ce qu'une petite voix claire se mît à crier:
«M. Kobus!... voici M. Kobus!» C'était Sûzel qui venait de l'apercevoir et qui s'élançait sous le hangar pour appeler son père. Il atteignait à peine le chemin des voitures, au pied de la côte, que le vieux fermier anabaptiste, avec son large collier de barbe, son chapeau de crin, sa camisole de laine grise garnie d'agrafes de laiton, venait à sa rencontre, la figure épanouie, et s'écriait d'un ton joyeux: «Soyez le bienvenu, monsieur Kobus, soyez le bienvenu. Vous nous faites un grand plaisir en ce jour; nous n'espérions pas vous voir si tôt. Que le ciel soit loué de vous voir décidé pour aujourd'hui.
—Oui, Christel, c'est moi, dit Fritz en donnant une poignée de main au brave homme; l'idée de venir m'a pris tout à coup, et me voilà. Hé! Hé! hé! je vois avec satisfaction que vous avez toujours bonne mine, père Christel.
—Oui, le ciel nous a conservé la santé, monsieur Kobus; c'est le plus grand bien que nous puissions souhaiter; qu'il en soit béni! Mais tenez, voici ma femme que la petite est allée prévenir.»
En effet, la bonne mère Orchel, grosse et grasse, avec sa coiffe de taffetas noir, son tablier blanc et ses gros bras ronds sortant des manches de chemise, accourait aussi, la petite Sûzel derrière elle.
«Ah! Seigneur Dieu! c'est vous, monsieur Kobus, disait la bonne femme toute riante; de si bonne heure? Ah! quelle bonne surprise vous nous faites.
—Oui, mère Orchel. Tout ce que je vois me réjouit. J'ai donné un coup d'œil sur les vergers, tout pousse à souhait; et j'ai vu tout à l'heure le bétail qui rentrait de l'abreuvoir, il m'a paru en bon état.
—Oui, oui, tout est bien», dit la grosse fermière. On voyait qu'elle avait envie d'embrasser Kobus, et la petite Sûzel paraissait aussi bien heureuse. Deux garçons de labour, en blouse, sortaient alors avec la charrue attelée; ils levèrent leur bonnet en criant: «Bonjour, monsieur Kobus!