—Sans doute, Christel, je le regrette aussi.» La petite Sûzel ne dit rien, mais elle paraissait toute triste, et ce soir-là Kobus, fumant comme d'habitude sa pipe à sa fenêtre, avant de se coucher, ne l'entendit pas chanter de sa jolie voix de fauvette, en lavant la vaisselle. Le ciel, à droite vers Hunebourg, était rouge comme une braise, tandis que les coteaux en face, à l'autre bout de l'horizon, passaient des teintes d'azur au violet sombre, et finissaient par disparaître dans l'abîme.

La rivière, au fond de la vallée, fourmillait de poussière d'or; et les saules, avec leurs longues feuilles pendantes, les joncs avec leurs flèches aiguës, les osiers et les trembles, papillotant à la brise, se dessinaient en larges hachures noires sur ce fond lumineux. Un oiseau des marais, quelque martin-pêcheur sans doute, jetait de seconde en seconde dans le silence son cri bizarre. Puis tout se tut, et Fritz se coucha.

Le lendemain, à huit heures, il avait déjeuné, et debout, le bâton à la main devant la ferme avec le vieil anabaptiste et la mère Orchel, il allait partir.

«Mais où donc est Sûzel, s'écria-t-il, je ne l'ai pas encore vue ce matin?

—Elle doit être à l'étable ou dans la cour, dit la fermière.

—Eh bien! allez la chercher; je ne puis quitter le Meisenthâl sans lui dire adieu.» Orchel entra dans la maison, et quelques instants après Sûzel paraissait, toute rouge.

«Hé! Sûzel, arrive donc, lui cria Kobus, il faut que je te remercie; je suis très content de toi, tu m'as bien traité. Et pour te prouver ma satisfaction, tiens, voici un goulden, dont tu feras ce que tu voudras.»

Mais Sûzel, au lieu d'être joyeuse à ce cadeau, parut toute confuse. «Merci, monsieur Kobus», dit-elle. Et comme Fritz insistait, disant: «Prends donc cela. Sûzel, tu l'as bien gagné.» Elle, détournant la tête, se prit à fondre en larmes. «Qu'est-ce que cela signifie? dit alors le père Christel; pourquoi pleures-tu?

—Je ne sais pas, mon père», fit-elle en sanglotant. Et Kobus de son côté pensa: «Cette petite est fière, elle croit que je la traite comme une servante, cela lui fait de la peine.»

C'est pourquoi, remettant le goulden dans sa poche, il dit: