«Écoute, Sûzel, je t'achèterai moi-même quelque chose, cela vaudra mieux. Seulement, il faut que tu me donnes la main; sans cela, je croirais que tu es fâchée contre moi.»
Alors Sûzel, sa jolie figure cachée dans son tablier, et la tête penchée en arrière sur l'épaule, lui tendit la main; et quand Fritz l'eut serrée, elle rentra dans l'allée en courant.
«Les enfants ont de drôles d'idées, dit l'anabaptiste. Tenez, elle a cru que vous vouliez la payer des choses qu'elle a faites de bon cœur.
—Oui, dit Kobus, je suis bien fâché de l'avoir chagrinée.
—Hé! s'écria la mère Orchel, elle est aussi trop orgueilleuse. Cette petite nous fera de grands chagrins.
—Allons, calmez-vous, mère Orchel, dit Fritz en riant; il vaut mieux être un peu trop fier que pas assez, croyez-moi, surtout pour les filles. Et, maintenant, au revoir!»
Il se mit en route avec Christel, qui l'accompagna jusque sur la côte; ils se séparèrent près des roches, et Kobus poursuivit seul sa route d'un bon pas vers Hunebourg.
[VII]
Malgré tout le plaisir qu'avait eu Fritz à la ferme, ce n'est pas sans une vive satisfaction qu'il découvrit Hunebourg sur la côte en face. Autant tout était humide dans la vallée le jour de son départ, autant alors tout était sec et clair. La grande prairie de Finckmath s'étendait comme un immense tapis de verdure des glacis jusqu'au ruisseau des Ablettes, et, tout au haut, les grands fumiers de cavalerie du Postthâl, les petits jardins des vétérans, entourés de haies vives, et les vieux remparts moussus, produisaient un effet superbe.