Schweyer en fut indigné.

«Il me fait boire de sa piquette, se dit-il; mais quand le vin est de qualité supérieure, il le trouve trop bon pour moi.»

Cette réflexion le mit de mauvaise humeur, et quelques instants après, comme il était baissé, Kobus ayant laissé tomber deux gouttes de cire sur ses mains, sa colère éclata:

«Monsieur Kobus, dit-il en se levant, je crois que vous devenez fou! Dans le temps, vous chantiez le Miserere, et je ne voulais rien dire, quoique ce fût une offense contre notre sainte religion, et surtout à l'égard d'un vieillard de mon âge; vous aviez l'air de m'ouvrir en quelque sorte les portes de la tombe, et c'était abominable quand on considère que je ne vous avais rien fait. D'ailleurs, la vieillesse n'est pas crime; chacun désire devenir vieux; vous le deviendrez peut-être, monsieur Kobus, et vous comprendrez alors votre indignité. Maintenant, vous me faites tomber de la cire sur les mains par malice.

—Comment, par malice? s'écria Fritz stupéfait.

—Oui, par malice; vous riez de tout!... Même en ce moment, vous avez envie de rire; mais je ne veux pas être votre hans-wurst[11], entendez-vous? C'est la dernière fois que je travaille avec un braque de votre espèce.»

Ce disant, Schweyer détacha son tablier, prit sa tarière, et gravit l'escalier.

La véritable raison de sa colère, ce n'étaient ni le Miserere, ni les gouttes de cire, c'était l'oubli du steinberg.

Kobus, qui ne manquait pas de finesse, comprit très bien le vrai motif de sa colère, mais il ne regretta pas moins sa maladresse et son oubli des vieux usages, car tous les tonneliers du monde ont le droit de boire un bon coup du vin qu'ils mettent en bouteilles, et si le maître est là, son devoir est de l'offrir.

«Où diable ai-je la tête depuis quelque temps? se dit-il. Je suis toujours à rêvasser, à bâiller, à m'ennuyer; rien ne me manque, et j'ai des absences; c'est étonnant... il faudra que je me surveille.»