Cependant, comme il n'y avait pas moyen de faire revenir Schweyer, il finit de mettre son vin en bouteille lui-même, et les choses en restèrent là.


[IX]

Les mardis et les vendredis matin, jours de marché, Kobus avait l'habitude de fumer des pipes à sa fenêtre, en regardant les ménagères de Hunebourg aller et venir, d'un air affairé, entre les longues rangées de paniers, de hottes, de cages d'osier, de baraques, de poteries et de charrettes alignées sur la place des Acacias. C'étaient, en quelque sorte, ses jours de grand spectacle; toutes ces rumeurs, ces mille attitudes d'acheteurs et de vendeurs débattant leur prix, criant, se disputant, le réjouissaient plus qu'on ne saurait le dire.

Apercevait-il de loin quelque belle pièce, aussitôt il appelait Katel et lui disait:

«Vois-tu, là-bas, ce chapelet de grives ou de mésanges? vois-tu ce grand lièvre roux, au troisième banc de la dernière rangée? Va voir.»

Katel sortait; il suivait avec intérêt la marche de la discussion; et la vieille servante revenait-elle avec les mésanges, les grives ou le lièvre, il se disait: «Nous les avons!»

Or, un matin, il se trouvait là, tout rêveur contre son habitude, bâillant dans ses mains et regardant avec indifférence. Rien n'excitait son envie; le mouvement, les allées et les venues de tout ce monde lui paraissaient quelque chose de monotone. Parfois il se dressait, et regardant la côte de Genêts tout au loin, il se disait: «Quel beau coup de soleil là-bas, sur le Meisenthâl.»

Mille idées lui passaient par la tête: il entendait mugir le bétail, il voyait la petite Sûzel, en manches de chemise, le petit cuveau de sapin à la main, se glisser sous le hangar et entrer dans l'étable, Mopsel sur ses talons, et le vieil anabaptiste monter gravement la côte. Ces souvenirs l'attendrissaient.

«Le mur du réservoir doit être sec maintenant, pensait-il; bientôt, il faudra poser le grillage.»