—Bah! ils se sont passés de moi jusqu'à présent, et j'espère, avec l'aide de Dieu, qu'ils s'en passeront encore. J'accompagne Hâan dans sa tournée, pour régler quelques comptes. Et, puisque je me le rappelle maintenant, il y a une lettre sur la cheminée pour Christel; tu enverras demain le petit Yéri la porter, et ce soir, tu mettras dans ma valise trois chemises et tout ce qu'il faut pour rester quelques jours dehors.
—C'est bon, monsieur.» Kobus entra dans la salle à manger, tout fier de sa résolution, et ayant soupé d'assez bon appétit, il se coucha, pour être prêt à partir de grand matin.
Il était à peine cinq heures, et le soleil commençait à poindre au milieu des grandes vapeurs du Losser, lorsque Fritz Kobus et son ami Hâan, accroupis dans un vieux char à bancs tressé d'osier, en forme de corbeille, à l'ancienne mode du pays, sortirent au grand trot par la porte de Hildebrandt, et se mirent à rouler sur la route de Hunebourg à Michelsberg.
Hâan avait sa grande houppelande de castorine et son bonnet de renard à longs poils, la queue flottant sur le dos, Kobus, sa belle capote bleue, son gilet de velours à carreaux verts et rouges, et son large feutre noir.
Quelques vieilles le balai à la main, les regardaient passer en disant: «Ils vont ramasser l'argent des villages; ça prouve qu'il est temps d'apprêter notre magot; la note des portes et fenêtres va venir. Quel gueux que ce Hâan! Penser que tout le monde doit s'échiner pour lui, qu'il n'en a jamais assez, et que la gendarmerie le soutient!»
Puis elles se remettaient à balayer de mauvaise humeur.
Une fois hors de l'avancée, Hâan et Kobus se trouvèrent dans les brouillards de la rivière.
«Il fait joliment frais ce matin, dit Kobus.
—Ha! ha! ha! répondit Hâan en claquant du fouet, je t'en avais bien prévenu hier. Il fallait mettre ta camisole de laine; maintenant, allonge-toi dans la paille, mon vieux, allonge-toi.
—Hue! Foux, hue!