En face de moi, sur un siège élevé, se trouvaient assis deux personnages tournant le dos à la lumière, ce qui laissait leurs figures dans l’ombre. Cependant je reconnus Van Spreckdal à son profil aquilin, éclairé par un reflet oblique de la vitre. L’autre personnage était gros; il avait les joues pleines, rebondies, les mains courtes, et portait la robe de juge, ainsi que Van Spreckdal.

Au-dessous était assis le greffier Conrad; il écrivait sur une table basse, se chatouillant le bout de l’oreille avec la barbe de sa plume. A mon arrivée il s’arrêta pour me regarder d’un air curieux.

On me fit asseoir, et Van Spreckdal, élevant la voix, me dit:

«Christian Vénius, d’où tenez-vous ce dessin?»

Il me montrait l’esquisse nocturne, alors en sa possession. On me la fit passer…Après l’avoir examinée, je répondis:

«J’en suis l’auteur.»

Il y eut un assez long silence; le greffier Conrad écrivait ma réponse. J’entendais sa plume courir sur le papier et je pensais: «Que signifie la question qu’on vient de me faire? Cela n’a point de rapport avec le coup de pied dans l’échine de Rap.»

«Vous en êtes l’auteur, reprit Van Spreckdal. Quel en est le sujet?»

«C’est un sujet de fantaisie.»

«Vous n’avez point copié ces détails quelque part?»