Je compris aussitôt que les Républicains avaient surpris le village, et, tout en m'habillant, j'invoquai le secours de l'empereur Joseph, dont M. Karolus Richter parlait si souvent.
Les Français étaient arrivés durant notre premier sommeil, et depuis deux heures au moins, car lorsque je me penchai pour descendre, j'en vis trois, qui retiraient le pain de notre four. Ces gens savaient tout faire, rien ne les embarrassait.
Lisbeth, assise dans un coin, les mains croisées sur les genoux, les regardait d'un air assez paisible; sa première frayeur était passée. Elle me vit au haut de la rampe, et s'écria:
«Fritzel, descends... ils ne te feront pas de mal!»
Alors je descendis. A droite, par la porte de la salle, je voyais l'oncle Jacob assis près de la table, tandis qu'un homme vigoureux, à gros favoris, était installé dans le fauteuil et déchiquetait un de nos jambons avec appétit. De temps en temps, il prenait le verre, levait le coude, buvait un bon coup et poursuivait.
Tout en déchiquetant, l'homme aux gros favoris parlait d'une voix brusque:
«Ainsi, tu es médecin? disait-il à l'oncle.
--Oui, monsieur le commandant.
--Appelle-moi «commandant» tout court, ou «citoyen [1] commandant,» je te l'ai déjà dit; les «monsieur» [2] et les «madame» [3] sont passés de mode. Mais tu dois connaître le pays; un médecin de campagne est toujours sur les quatre chemins. [4] A combien sommes-nous de Kaiserslautern?
--A sept lieues, commandant.