Sur cette réflexion, il s'acheminait vers la porte; les autres le suivaient.
«Bonne nuit! criait l'oncle.
--Bonsoir!» répondait le mauser en s'éloignant dans la rue sombre.
II
Or, un vendredi soir du mois de novembre 1793, Lisbeth, après le souper, pétrissait la pâte pour cuire le pain du ménage, selon son habitude. Enfin elle me dit:
«Maintenant, Fritzel, allons nous coucher; demain, quand tu te lèveras, il y aura de la tarte.»
Nous montâmes donc dans nos chambres. Je me couchai, rêvant de bonnes choses, et ne tardai point à m'endormir comme un bienheureux.
Cela durait depuis assez longtemps, mais il faisait encore nuit, et la lune brillait en face de ma petite fenêtre, lorsque je fus éveillé par un tumulte étrange. On aurait dit que tout le village était en l'air: les portes s'ouvraient et se refermaient au loin, une foule de pas traversaient les mares boueuses de la rue. En même temps j'entendais aller et venir dans notre maison, et des reflets pourpres miroitaient sur mes vitres.
Qu'on se figure mon épouvante.
Après avoir écouté, je me levai doucement et j'ouvris une fenêtre. Toute la rue était pleine de monde, et non seulement la rue, mais encore les petits jardins et les ruelles aux environs: rien que [1] de grands gaillards, coiffés d'immenses chapeaux à cornes, [2] et revêtus de longs habits bleus, la grande queue pendant sur le dos, sans parler des sabres et des gibernes.