Le fossoyeur se découvrit, deux ou trois autres s'écartèrent, et nous vîmes sur les marches de la fontaine la cantinière étendue, blanche comme la neige, ses beaux cheveux noirs déroulés dans une mare de sang. Plusieurs autres cadavres l'entouraient, et le chien caniche que j'avais vu le matin avec le petit tambour, les poils du dos hérissés, les yeux étincelants et les lèvres frémissantes, debout à ses[1] pieds, grondait et frissonnait en regardant Spick.

Malgré son grand courage et sa pioche, le cabaretier n'osait[2] approcher, car il était facile de voir que s'il manquait son coup, cet animal lui sauterait à la gorge.[3]

«Qu'est-ce que c'est? répéta l'oncle.

--Parce que ce chien reste là, fit Spick en ricanant, ils disent que la femme n'est pas morte.

--Ils ont raison, dit l'oncle d'un ton brusque, certains animaux ont plus de coeur et d'esprit que certains hommes. Ôte-toi de là.»

Il l'écarta du coude et s'avança droit vers la femme en se courbant. Le chien, au lieu de sauter sur lui, parut s'apaiser et le laissa faire. Tout le monde s'était approché; l'oncle s'agenouilla et mit la main sur le coeur de la femme. On se taisait; le silence était profond. Cela durait depuis près d'une minute, lorsque Spick dit:

«Hé! hé! hé! qu'on l'enterre, n'est-ce pas, monsieur le docteur?»

L'oncle se leva, les sourcils froncés, et regardant cet homme en face, du haut en bas:[4]

«Malheureux! lui dit-il, pour quelques mesures d'eau-de-vie que cette pauvre femme t'a payées comme elle pouvait, tu voudrais maintenant la voir morte, et peut-être enterrée vive!

Et, se tournant vers les autres: