«Jeffer, dit-il, transporte cette femme dans ma maison; elle vit encore.»
Il lança sur Spick un dernier regard d'indignation, tandis que le fossoyeur et ses fils plaçaient la cantinière sur le brancard. On se mit en marche; le chien suivait l'oncle, serré contre sa jambe.
Comme nous traversions la place, je vis le mauser et Koffel qui nous suivaient, ce qui me soulagea le coeur.
Nous entrions alors dans la petite allée. Le mauser, s'arrêtant sur le seuil, éclaira Jeffer et ses fils, qui s'avançaient d'un pas lourd. Nous les suivîmes tous dans sa chambre, et le taupier, levant sa torche, s'écria d'un ton solennel:
«Où sont-ils, les jours de tranquillité, les instants de paix, de repos et de confiance après le travail... où sont-ils, monsieur le docteur?
--Ah! ils se sont envolés par toutes ces ouvertures.»
Alors seulement je vis bien l'air désolé de notre vieille chambre, les vitres brisées, dont les éclats tranchants et les pointes étincelantes se découpaient sur le fond noir des ténèbres; je compris les paroles du mauser, et je pensai que nous étions malheureux.
«Jeffer, déposez cette femme sur mon lit, dit l'oncle avec tristesse; il ne faut pas que[1] nos propres misères nous fassent oublier que d'autres sont encore plus malheureux que nous.»
Et se tournant vers le taupier:
«Vous resterez pour m'éclairer, dit-il, et Koffel m'aidera.»