Et me prenant sous les bras, il m'éleva devant elle en me disant:
«Raconte à madame ce que tu sais, Fritzel. Tu te rappelles le petit tambour?
--Oh! oui; le matin de la bataille, il était couché sous notre hangar, le chien sur ses pieds; il dormait, je me le rappelle bien! lui répondis-je tout troublé, car la femme me regardait alors jusqu'au fond de l'âme, comme elle avait regardé l'oncle.
--Et ensuite, Fritzel?
--Ensuite, il était avec les autres tambours, au milieu du bataillon quand les Croates sont arrivés. Et tout à la fin,[1] quand on a mis le feu dans la rue, et que[2] les Républicains sont partis, je l'ai revu derrière.
--Blessé? fit la femme d'une voix si faible, qu'on pouvait à peine l'entendre.
--Oh! non; il avait son tambour sur l'épaule et pleurait en marchant, et un autre plus grand lui disait: «Allons, courage, petit Jean, courage!» Mais il n'avait pas l'air d'entendre... il avait les joues toutes mouillées.
--Tu es bien sûr de l'avoir vu s'en aller, Fritzel? demanda l'oncle.
--Oui, mon oncle: il me faisait de la peine;[3] je l'ai regardé jusqu'au bout du village.»
Alors la femme referma les yeux, et nous entendîmes qu'elle sanglotait intérieurement.[4] Des larmes lui coulaient le long des joues, l'une après l'autre, sans bruit. C'était bien triste, et l'oncle me dit tout bas: