Ils sortirent ensemble dans l'allée; je les entendis encore causer de ces choses sur le seuil de la maison.

Et comme je m'étais assis derrière le fourneau, et que[3] je m'essuyais les joues du revers de la manche, tout à coup je vis le chien près de moi, qui me regardait[4] avec douceur. Il me posa la patte sur le genou et se mit à me caresser; pour la première fois je pris sa grosse tête frisée entre mes bras, sans crainte. Il me semblait que nous étions amis depuis longtemps et que je n'avais jamais eu peur de lui.

En levant les yeux au bout d'une minute, j'aperçus l'oncle qui venait d'entrer et qui m'observait en souriant.

«Tu vois, Fritzel, comme le pauvre animal t'aime, dit-il; maintenant il te suivra, car il a reconnu ton bon coeur.»

Et c'était vrai, depuis ce jour le caniche ne refusa plus de m'accompagner; au contraire, il me suivait gravement dans tout le village.

VI

La neige ne cessa point de tomber ce jour-là ni la nuit suivante; chacun pensait que les chemins de la montagne en seraient encombrés et qu'on ne reverrait plus ni les uhlans ni les Républicains; mais un petit événement vint encore montrer aux gens les tristes suites de la guerre, et les faire réfléchir sur les malheurs de ce bas[1] monde.

C'était le lendemain du jour ou la femme avait repris connaissance, que le bourgmestre Meyer entra.

«Salut, monsieur le docteur, salut! dit le gros homme. J'arrive par un temps de neige; mais que voulez-vous, il le faut,[2] il le faut!

--Un pauvre diable[3] monsieur le docteur, est étendu dans le bûcher de Réebock, derrière un tas de fagots. C'est un soldat. Il se sera[4] retiré là pour mourir sans trouble pendant le combat. A cette heure,[5] il faudrait[6] dresser l'acte mortuaire; je ne peux pas vérifier de quoi cet homme est mort.