«Oui... oui, c'est une bonne pensée! Fritzel, apporte l'encre et le papier. Quelle misère, mon Dieu! dire qu'on annonce des choses pareilles, et que ce sont encore de bonnes actions! Ah! la guerre... la guerre.»

Il s'assit et se mit à écrire.

Enfin l'oncle finit sa lettre; il la plia, la cacheta, écrivit l'adresse et me dit:

«Va, Fritzel, jette cette lettre à la boîte, et dépêche-toi.

VII

En revenant de la poste, j'avais aperçu tout au loin, dans la grande prairie communale,[2] derrière l'église, Hans Aden, Frantz Sépel et bien d'autres de mes camarades qui glissaient sur le guévoir.

Comme mon coeur galopait en les voyant! comme j'aurais voulu pouvoir les rejoindre! Malheureusement l'oncle Jacob m'attendait alors, et je rentrai la tête pleine de ce joyeux spectacle.

Pendant tout le dîner, l'idée de courir là-bas ne me quitta pas une seconde; mais je me gardai bien d'en parler à l'oncle, car il me défendait toujours[1] de glisser sur le guévoir, à cause des accidents. Enfin il sortit pour aller faire une visite à M. le curé, qui souffrait de ses rhumatismes.

J'attendis qu'il fût entré dans la grande rue,[2] puis je sifflai Scipio, et je me mis à courir jusqu'à la ruelle des Houx, comme un lièvre.

Je croyais retrouver tous mes camarades sur le guévoir, mais ils étaient allés dîner; je ne vis, au tournant de l'église,[3] que les grandes glissades désertes. Il me fallut donc glisser seul, et, comme il faisait froid, au bout d'une demi-heure j'en eus bien assez.