L'oncle lisait derrière le fourneau; en me voyant si enthousiaste, il déposa son livre au bord de la cheminée et me dit d'un air émerveillé:
«Est-ce bien possible, Fritzel? Comment!... comment!...
--Oui! m'écriai-je, et il sait aussi la politique: il saute pour la République, pour le général Hoche, mais il ne veut pas sauter pour le roi de Prusse.»
L'oncle alors se mit à rire, et, regardant la femme, qui souriait aussi dans l'alcôve, le coude sur l'oreiller:
«Madame Thérèse, dit-il d'un ton grave, vous ne m'aviez pas encore parlé des beaux talents de votre chien. Est-il bien vrai que Scipio sache tant de belles choses?
--C'est vrai, monsieur le docteur, dit-elle en caressant le caniche qui s'était approché du lit et qui lui tendait la tête d'un air joyeux; oui, il sait tout cela, c'était l'amusement du bataillon; Petit-Jean lui montrait tous les jours quelque chose de nouveau. N'est-ce pas, mon pauvre Scipio? Combien de fois notre père et les deux aînés ne se sont-ils pas réjouis de te voir monter la garde? Tu faisais rire tout notre monde par ton air grave et tes talents; on oubliait les fatigues de la route autour de toi, on riait de bon coeur!»
Elle disait ces choses, tout attendrie, d'une voix douce, en souriant un peu tout de même. Scipio avait fini par[1] se dresser, les pattes au bord du lit, pour entendre son éloge.
VIII
Ce même soir, après le souper, l'oncle Jacob fumait sa pipe en silence derrière le fourneau. Moi, je séchais le bas de mon pantalon, la tête de Scipio entre les genoux.
Cela durait depuis environ une demi-heure lorsque je fus réveillé par un bruit de sabots dans l'allée; en même temps, la porte s'ouvrit, et la voix joyeuse du mauser dit dans la chambre: