Mon esprit se partageait alors entre le désir d'aller annoncer à l'oncle les talents extraordinaires de Scipio, ou de descendre l'Altenberg sur notre schlitte. Mais quand je vis Hans Aden, Frantz Sépel, tous les camarades, les uns devant, les autres derrière, pousser et tirer en galopant comme des bienheureux,[2] je ne pus résister au plaisir de me joindre à la bande.
Schmitt nous regardait de sa porte.
«Prenez garde de rouler!» nous dit-il encore.
Puis il rentra, pendant que nous filions dans la neige. Scipio sautait à côté de nous. Je vous laisse à penser notre joie, nos cris et nos éclats de rire jusqu'au sommet de la côte.
Nous continuâmes à monter et à descendre jusque vers quatre heures. Alors la nuit commençait à se faire, et chacun se rappela notre promesse au père Schmitt. Nous reprîmes donc le chemin du village. En approchant de la demeure du vieux soldat, nous le vîmes debout sur sa porte.[3] Il nous avait entendus rire et causer de loin.
«Vous voilà! s'écria-t-il; personne ne s'est fait de mal?
--Non, père Schmitt.
--A la bonne heure.»[4]
Il remit sa schlitte sous le hangar, et moi, sans dire ni bonjour ni bonsoir, je partis en courant, heureux d'annoncer à l'oncle quel chien nous avions l'honneur de posséder. Cette idée me rendait si content, que j'arrivai chez nous sans m'en apercevoir; Scipio était sur mes talons.
«Oncle Jacob, m'écriai-je en ouvrant la porte, Scipio connaît l'exercice! le père Schmitt a vu tout de suite que c'était un véritable chien de soldat; il l'a fait marcher sur les pattes de derrière comme un grenadier, rien qu'en disant: «Une... deusse!»