L'oncle et le mauser se regardèrent étonnés.
«Quelle victoire? fit le mauser.
--Hé! celle d'avant-hier, à Kaiserslautern. On ne parle que de cela dans tout le village; c'est Richter, M. Richter qui est revenu de là-bas, vers deux heures, apporter la nouvelle. Au Cruchon-d'Or, on a déjà vidé plus de cinquante bouteilles en l'honneur des Prussiens: les Républicains sont en pleine déroute!»
A peine eut-il parlé des Républicains, que nous regardâmes du côté de l'alcôve, songeant que la Française était là et qu'elle nous entendait. Cela nous fit de la peine, car c'était une brave femme, et nous pensions que cette nouvelle pouvait lui causer beaucoup de mal. L'oncle leva la main, en hochant la tête d'un air désolé; puis il se leva doucement et entr'ouvrit les rideaux pour voir si madame Thérèse dormait.
«C'est vous, monsieur le docteur, dit-elle aussitôt; j'ai tout entendu.
--Ah! madame Thérèse, dit l'oncle, ce sont de fausses nouvelles.
--Je ne crois pas, monsieur le docteur. Du moment[1] qu'une bataille s'est livrée[2] avant-hier à Kaiserslautern, il faut que nous ayons eu le dessous, sans quoi les Français auraient marché tout de suite sur Landau, pour débloquer la place et couper la retraite aux Autrichiens: leur aile droite aurait traversé le village.»
Puis élevant la voix:
«Monsieur Koffel, dit-elle, voulez-vous me dire les détails que vous savez?»
Le mauser avait pris la chandelle sur la table, et nous étions tous entrés dans l'alcôve. Moi au pied du lit, Scipio contre la jambe, je regardais en silence.