«Asseyons-nous.»
Alors tout le monde s'assit, et madame Thérèse, souriant à tous ces braves gens:
«Permettez que je vous serve, messieurs,» dit-elle.
Aussitôt le père Schmitt, levant la main à son oreille, répondit:
«A vous les honneurs militaires!»
Koffel et le mauser se lancèrent un regard d'admiration, et chacun pensa: «Ce père Schmitt vient de dire une chose pleine d'à-propos et de bon sens!»
Madame Thérèse emplit donc les tasses, et tandis qu'on buvait en silence, l'oncle, plaçant la main sur l'épaule du père Schmitt, dit:
«Madame Thérèse, je vous présente un vieux soldat du grand Frédéric, un homme qui, malgré ses campagnes et ses blessures, son courage et sa bonne conduite, n'est devenu que simple sergent, mais que tous les braves gens du village estiment autant qu'un hauptmann.»
Alors madame Thérèse regarda le père Schmitt qui s'était redressé sur sa chaise plein d'un sentiment de dignité naturelle.
«Dans les armées de la République, Monsieur aurait pu devenir général, dit-elle. Si la France combat maintenant toute l'Europe, c'est qu'elle ne veut plus souffrir que les honneurs, la fortune et tous les biens de la terre reposent sur la tête de quelques-uns, malgré leurs vices, et toutes les misères, toutes les humiliations sur la tête des autres, malgré leur mérite et leurs vertus. La nation trouve cela contraire à la loi de Dieu, et c'est pour en obtenir le changement que nous mourrons tous s'il le faut.»