D'abord personne ne répondit; Schmitt regardait cette femme gravement; il semblait réfléchir; le mauser et Koffel, l'un en face de l'autre, s'observaient, madame Thérèse paraissait un peu animée et l'oncle restait calme.

Au bout d'un instant, l'oncle Jacob dit à Schmitt:

«Madame était cantinière au 2e[1] bataillon de la 1re[2] brigade de l'armée de la Moselle.

--Je le sais déjà, monsieur le docteur, répondit le vieux soldat, et je sais aussi ce qu'elle a fait.»

Puis, élevant la voix, il s'écria:

«Oui, Madame, si j'avais eu le bonheur de servir dans les armées de la République, je serais devenu capitaine, peut-être même commandant, ou je serais mort!»

Et s'appuyant la main sur la poitrine:

«J'avais de l'amour-propre, dit-il; sans vouloir me flatter, je ne manquais pas de courage, et si j'avais pu monter, j'aurais eu honte de rester en bas. Le roi, dans plusieurs occasions, m'avait remarqué, chose bien rare pour un simple soldat, et qui me fait honneur. A Rosbach, pendant que le hauptmann derrière nous criait: «Forvertz!»[1] c'est Adam Schmitt qui commandait la compagnie. Eh bien! tout cela n'a servi à rien; et maintenant, quoique je reçoive une pension du roi de Prusse, je suis forcé de dire que les Républicains ont raison. Voilà mon opinion.»

Alors il vida brusquement son petit verre, et clignant de l'oeil d'un air bizarre, il ajouta:

«Et ils se battent bien... j'ai vu ça... oui, ils se battent bien. Ils n'ont pas encore les mouvements réguliers des vieux soldats; mais ils soutiennent bien une charge, et c'est à cela qu'on reconnaît les hommes solides dans les rangs.»