Puis elle ajoutait tristement:

«Il faudra pourtant que je parte, Lisbeth, ma place n'est pas ici, d'autres soins m'appellent ailleurs.»

Elle songeait toujours à son bataillon, et, lorsque Lisbeth s'écriait:

«Bah! vous resterez chez nous; vous ne pouvez plus nous quitter maintenant. Vous saurez qu'on vous considère beaucoup[1] dans le village, et que les gens de bien[2] vous respectent. Laissez là vos sans-culottes; ce n'est pas la vie d'une honnête personne d'attraper des balles ou d'autres mauvais coups à la suite des soldats. Nous ne vous laisserons plus partir.»

Alors elle hochait la tête, et l'on voyait bien qu'un jour ou l'autre elle dirait: «Aujourd'hui, je pars!» et que rien ne pourrait la retenir.

D'un autre côté, les discussions sur la guerre et sur la paix continuaient toujours, et c'était l'oncle Jacob qui les recommençait. Chaque matin il descendait pour convertir madame Thérèse, mais elle trouvait toujours de bonnes réponses.

Chaque fois que l'oncle entendait ces réponses, il devenait grave. Avait-il une course à faire dans la montagne, il montait à cheval tout rêveur, et toute la journée il cherchait de nouvelles et plus fortes raisons pour convaincre madame Thérèse. Le soir il revenait plus joyeux, avec des preuves qu'il croyait invincibles, mais sa croyance ne durait pas longtemps; car cette femme simple, au lieu de parler des Grecs et des Égyptiens, voyait tout de suite le fond des choses, et détruisait les preuves historiques de l'oncle par le bon sens.

Malgré tout cela, l'oncle Jacob ne se fâchait pas; au contraire, il s'écriait d'un air d'admiration:

«Quelle femme vous êtes, madame Thérèse! Sans avoir étudié la logique, vous répondez à tout!»

Alors ils riaient tous deux ensemble, et madame Thérèse disait: