Toute cette après-midi, je ne quittai pas la maison. Madame Thérèse continua ses préparatifs de départ.

Elle paraissait de bonne humeur, et seulement lorsqu'elle adressait de temps en temps à Scipio quelques paroles amicales, sa voix devenait toute mélancolique; je ne savais pas pourquoi; mais je le sus plus tard, lorsque l'oncle revint.

La nuit était venue, lorsque l'oncle ouvrit la porte, en demandant:

«Êtes-vous là, madame Thérèse?

--Oui, monsieur le docteur.

--Bon... bon.... J'ai vu mes malades... j'ai prévenu Koffel, le mauser et le vieux Schmitt; tout va bien; ils seront ici ce soir pour recevoir vos adieux.»

Sa voix était raffermie. Il alla lui-même chercher de la lumière à la cuisine, et, nous voyant ensemble en rentrant, cela parut le réjouir.

«Fritzel se conduit bien, dit-il. Maintenant il va perdre vos bonnes leçons; mais j'espère qu'il s'exercera tout seul à lire en français, et qu'il se rappellera toujours qu'un homme ne vaut que par ses connaissances.[1] Je compte là-dessus.»

Alors madame Thérèse lui fit voir son petit paquet en détail; elle souriait, et l'oncle disait:

«Quel heureux caractère ont ces Français! Au milieu des plus grandes infortunes, ils conservent un fond de gaieté naturelle; leur désolation ne dure jamais plusieurs jours. Voilà ce que j'appelle un présent de Dieu, le plus beau, le plus désirable de tous.»