--Oui, les Prussiens.»

Alors la vieille, que l'indignation suffoquait, dit:

«J'ai toujours pensé que ces Prussiens n'étaient pas grand'chose: des tas de gueux, de véritables bandits! Venir attaquer une honnête femme! Si les hommes avaient pour deux liards[1] de coeur, est-ce qu'ils souffriraient ça?

-- Et que ferais-tu? lui demanda l'oncle, dont la face se ranimait, car l'indignation de la vieille lui faisait plaisir intérieurement.

--Moi, je chargerais mes kougelreiter,[2] s'écria Lisbeth je leur dirais par la fenêtre: «Passez votre chemin, bandits! n'entrez pas, ou gare!» Et le premier qui dépasserait la porte, je l'étendrais raide. Oh! les gueux!

--Oui, oui, fit l'oncle, voilà comment on devrait recevoir des gens pareils; mais nous ne sommes pas les plus forts.»

Puis il se remit à marcher, et Lisbeth, toute tremblante, plaça les couverts.

Madame Thérèse ne disait rien.

La table mise, nous dînâmes tout rêveurs.

Après dîner, l'oncle recommanda surtout à la vieille servante de ne pas répandre le bruit de ces événements au village, sans quoi Richter et tous les gueux d'Anstatt seraient là le lendemain de bonne heure pour voir le départ de madame Thérèse et jouir de notre humiliation. Elle le comprit très bien et lui promit de modérer sa langue. Puis l'oncle sortit pour aller voir le mauser.