Scipio n’était pas dans de moins heureuses dispositions ; la patte au bord de l’âtre, il regardait du nez à travers les marmites, car le nez du chien, comme le dit M. de Buffon, est une seconde vue fort délicate.
Après avoir bien regardé, je me mis à faire des vœux pour le retour de l’oncle.
« Ah ! Lisbeth ! m’écriai-je en rentrant, si tu savais comme j’ai faim !
— Tant mieux, tant mieux, me répondit la vieille en jacassant toujours, l’appétit est une bonne chose. »
Puis elle poursuivit ses histoires de village, que madame Thérèse semblait écouter avec plaisir. Moi, j’allais, je venais de la salle à la cuisine, et Scipio me suivait pas à pas ; il avait sans doute les mêmes idées que moi.
La nuit dehors devenait noire.
De temps en temps madame Thérèse interrompait la vieille servante, levant le doigt et disant :
« Écoutez ? »
Alors tout le monde restait tranquille une seconde.
« Ce n’est rien, faisait Lisbeth, c’est la charrette de Hans Bockel qui passe » ou bien : « c’est la mère Dreyfus qui s’en va maintenant à la veillée chez les Brêmer. »