L’oncle et moi, nous observions tout cela sans bouger.

Le commandant s’accouda de nouveau sur la carte, la tête entre les mains.

Le jour grisâtre commençait à poindre dehors ; on voyait l’ombre de la sentinelle se promener l’arme au bras devant nos fenêtres. Une sorte de silence s’était établi ; bon nombre de Républicains dormaient sans doute, la tête sur le sac, autour des grands feux qu’ils avaient allumés, d’autres dans les maisons. La pendule allait lentement, le feu pétillait toujours dans la cuisine.

Cela durait depuis quelques instants, lorsqu’un grand bruit s’éleva dans la rue ; des vitres sautèrent, une porte s’ouvrit avec fracas, et notre voisin, Joseph Spick, le cabaretier, se mit à crier :

« Au secours ! au feu ! »

Mais personne ne bougeait dans le village ; chacun était bien content de se tenir tranquille chez soi. Le commandant écoutait.

« Sergent Laflèche ! » dit-il.

Le sergent était allé voir, il ne parut qu’au bout d’un instant.

« Qu’est-ce qui se passe ? lui demanda le commandant.

— C’est un aristocrate de cabaretier qui refuse d’obtempérer aux réquisitions de la citoyenne Thérèse, répondit le sergent d’un air grave.