— Il est sorti.

— Eh bien… toi… conduis-moi dans votre grenier… vite ! »

Je laissai là mes sabots, et me mis à grimper l’escalier au fond de l’allée comme un écureuil.

Le capitaine me suivait. En haut, il vit du premier coup d’œil l’échelle du colombier et monta devant moi. Dans le colombier il se posa les deux coudes au bord de la lucarne un peu basse, se penchant pour voir. Je regardais par-dessus son épaule. Toute la route, à perte de vue, était couverte de monde : de la cavalerie, de l’infanterie, des canons, des caissons, des manteaux rouges, des pelisses vertes, des habits blancs, des casques, des cuirasses, des files de lances et des baïonnettes, des lignes de chevaux, et tout cela s’avançait vers le village.

« C’est une armée ! » murmurait le capitaine à voix basse.

Il se retourna brusquement pour redescendre, mais s’arrêtant sur une idée, il me montra le long du village, à deux portées de fusil, une file de manteaux rouges qui s’enfonçaient dans un repli de terrain derrière les vergers.

« Tu vois ces manteaux rouges ? dit-il.

— Oui.

— Est-ce qu’un chemin de voiture passe là ?

— Non, c’est un sentier.