Il lança sur Spick un dernier regard d’indignation, tandis que le fossoyeur et ses fils plaçaient la cantinière sur le brancard. On se mit en marche ; le chien suivait l’oncle, serré contre sa jambe.
Quant au cabaretier, nous l’entendions répéter derrière nous, près de la fontaine, d’un ton moqueur :
« La femme est morte ; ce médecin en sait autant que ma pioche ! La femme est finie… qu’on l’enterre aujourd’hui ou demain, cela ne fait rien à la chose… On verra lequel de nous deux avait raison. »
Comme nous traversions la place, je vis le mauser et Koffel qui nous suivaient, ce qui me soulagea le cœur, car depuis la nuit, une sorte de frayeur s’était emparée de moi, surtout en face des morts, et j’étais content d’être avec beaucoup de monde.
Le mauser marchait devant le brancard, une grosse torche à la main ; Koffel, près de l’oncle, semblait grave.
« Voilà de terribles choses, monsieur le docteur, dit-il en marchant.
— Ah ! c’est vous, Koffel ! fit l’oncle. Oui, oui, le génie du mal est dans l’air, les esprits des ténèbres sont déchaînés ! »
Nous entrions alors dans la petite allée remplie de plâtras ; le mauser, s’arrêtant sur le seuil, éclaira Jeffer et ses fils, qui s’avançaient d’un pas lourd. Nous les suivîmes tous dans sa chambre, et le taupier, levant sa torche, s’écria d’un ton solennel :
« Où sont-ils, les jours de tranquillité, les instants de paix, de repos et de confiance après le travail… où sont-ils, monsieur le docteur ?
— Ah ! ils se sont envolés par toutes les ouvertures. »