« Chut ! fit-il en me montrant l’alcôve ; assieds-toi, tu dois avoir bon appétit ?
— Oui, mon oncle.
— D’où viens-tu ?
— J’ai été voir le village.
— C’est bien, Fritzel ; tu m’as donné de l’inquiétude, mais je suis content que tu aies vu ces misères. »
Lisbeth vint alors m’apporter une bonne assiettée de soupe, et tandis que je mangeais, l’oncle ajouta :
« Tu connais la guerre, maintenant. Souviens-toi de ces choses, Fritzel, pour les maudire. C’est une bonne instruction ; ce qu’on a vu jeune nous reste toute la vie. »
Il se faisait ces réflexions à lui-même ; moi, j’allais toujours mon train, le nez dans mon assiette. Après la soupe, Lisbeth me servit des légumes et de la viande ; mais au moment où je prenais ma fourchette, voilà que j’aperçois, assis près de moi sur le plancher, un être immobile qui me regardait. Cela me saisit.
« Ne crains rien, Fritzel », me dit mon oncle en souriant.
Alors je regardai, et je reconnus que c’était le chien de la cantinière. Il se tenait là gravement, le nez en l’air, les oreilles pendantes, m’observant d’un œil attentif à travers ses poils frisés.