Le gueux se tenait sur le seuil de son cabaret, les bras croisés, l’épaule au mur, ayant l’air de fumer sa pipe, en disant aux passants :
« Hé ! Nickel… Yokel… écoute… écoute, comme elle crie ! N’est-ce pas abominable ? Est-ce qu’on devrait souffrir cela dans le pays ? »
L’oncle Jacob, le meilleur homme du monde, en vint à ce point d’indignation contre Spick, que je l’entendis répéter plusieurs fois qu’il méritait d’être pendu.
Malheureusement on ne pouvait nier que la femme ne parlât de la France, de la République et d’autres choses contraires au bon ordre ; toujours ces idées lui revenaient à l’esprit, et cela nous mettait dans un embarras d’autant plus grand, que toutes les commères, toutes les vieilles Salomé du village arrivaient à la file chez nous, l’une le balai sous le bras, la jupe retroussée ; l’autre ses aiguilles à tricoter dans les cheveux, le bonnet de travers ; l’autre apportant son rouet d’un air sentimental, comme pour filer au coin de l’âtre. Celle-ci venait emprunter un gril, celle-là acheter un pot de lait caillé, ou demander un peu de levure, pour faire le pain. Quelle misère ! notre allée avait deux pouces de boue amassés par leurs sabots.
Et pendant que Lisbeth lavait ses assiettes ou regardait dans ses marmites, il fallait les entendre jacasser, il fallait les voir arriver, se faire la révérence et se donner des tours de reins agréables.
« Hé ! bonjour donc, mademoiselle Lisbeth. Qu’il y a de temps qu’on ne vous a vue !
— Ah ! c’est mademoiselle Oursoula, Dieu du ciel ! que vous me faites plaisir ! Asseyez-vous donc, mademoiselle Oursoula.
— Oh ! vous êtes trop bonne, trop bonne, mademoiselle Lisbeth… Un beau temps, ce matin ?
— Oui, mademoiselle Oursoula, un très beau temps… c’est un temps délicieux pour les rhumatismes.
— Délicieux, et pour les rhumes aussi.