— Mais, monsieur le docteur, fit Lisbeth, déjà la nuit dernière…
— Allez vous coucher, répéta l’oncle d’un ton fâché ; je n’ai pas le temps d’écouter votre bavardage. Au nom du ciel, laissez-moi tranquille… ceci peut devenir sérieux. »
Il nous fallut bien obéir.
En montant l’escalier, Lisbeth, toute tremblante, me dit :
« As-tu vu cette malheureuse, Fritzel ? Elle va peut-être mourir… eh bien ! la voilà qui pense encore à sa République du diable. Ces gens-là sont de véritables sauvages. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de prier que Dieu leur pardonne. »
Elle se mit donc à prier.
Je ne savais que penser de tout cela. Mais après avoir tant couru et m’être crotté jusqu’à l’échine, une fois au lit, je m’endormis si profondément, que le retour des Républicains eux-mêmes, leurs feux de peloton et de bataillon n’auraient pu m’éveiller avant dix heures du matin.
CHAPITRE VI
Le lendemain du départ des Républicains, tout le village savait déjà qu’une Française était chez l’oncle Jacob, qu’elle avait reçu un coup de pistolet et qu’elle en reviendrait difficilement. Mais comme il fallait réparer les toits des maisons, les portes et les fenêtres, chacun avait bien assez de ses propres affaires sans s’inquiéter de celles des autres, et ce n’est que le troisième jour, quand tout fut à peu près remis en bon état, que l’idée de la femme revint aux gens.
Alors aussi Joseph Spick répandit le bruit que la Française devenait furieuse, et qu’elle criait : « Vive la République ! » d’une façon terrible.