Il m’emmena dehors et referma les rideaux.

Le mauser se promenait de long en large dans la salle ; il avait la figure rouge et dit :

« Ça, monsieur le docteur, c’est une brave femme, une honnête femme… qu’elle soit républicaine ou tout ce qu’on voudra… celui qui penserait le contraire ne serait qu’un gueux.

— Oui, répondit l’oncle, c’est une nature généreuse, je l’ai reconnu tout de suite à sa figure. Il est heureux que Fritzel se soit rappelé l’enfant. La pauvre femme avait une grande inquiétude. Je comprends maintenant pourquoi ce nom de Jean revenait toujours dans son délire. Tout ira mieux, mauser, tout ira mieux, les larmes soulagent. »

Ils sortirent ensemble dans l’allée ; je les entendis encore causer de ces choses sur le seuil de la maison.

Et comme je m’étais assis derrière le fourneau, et que je m’essuyais les joues du revers de la manche, tout à coup je vis le chien près de moi, qui me regardait avec douceur. Il me posa la patte sur le genou et se mit à me caresser ; pour la première fois je pris sa grosse tête frisée entre mes bras, sans crainte. Il me semblait que nous étions amis depuis longtemps et que je n’avais jamais eu peur de lui.

En levant les yeux au bout d’une minute, j’aperçus l’oncle qui venait d’entrer et qui m’observait en souriant.

« Tu vois, Fritzel, comme le pauvre animal t’aime, dit-il ; maintenant il te suivra, car il a reconnu ton bon cœur. »

Et c’était vrai, depuis ce jour le caniche ne refusa plus de m’accompagner ; au contraire, il me suivait gravement dans tout le village, ce qui me rendait encore plus fier que Zaphéri Schmouck avec son pistolet de uhlan ; il s’asseyait près de ma chaise pour lécher mes assiettes, et faisait tout ce que je voulais.

CHAPITRE VII